Le 4 juin 2026, le Journal officiel a publié l'arrêté du 1er juin 2026 modifiant l'arrêté tarifaire dit « S21 ». Pour les installations photovoltaïques sur bâtiment de 100 kWc ou moins, il change en profondeur l'économie d'un projet résidentiel : la prime à l'investissement disparaît et le tarif d'achat du surplus tombe à 1,1 c€/kWh HT. Pour un installateur, la conséquence est directe : l'argument « vous revendrez votre surplus » ne tient plus. Ce qui fait désormais la rentabilité, c'est la part de production consommée sur place, et donc le stockage.
Ce guide fait le point sur ce qui a changé, ce que cela implique pour vos devis et comment construire une offre solaire + batterie cohérente avec le nouveau cadre.
Ce que la réforme S21 de juin 2026 a changé
L'arrêté du 1er juin 2026 (NOR ECOR2609281A, JORF n° 129 du 4 juin 2026) modifie l'arrêté du 6 octobre 2021 qui fixe les conditions d'achat de l'électricité produite par les installations sur bâtiment, hangar ou ombrière. Les points clés pour le résidentiel et le petit tertiaire :
- Champ d'application : installations de 100 kWc ou moins dont la demande complète de raccordement a été déposée à partir du 5 juin 2026. Les demandes déposées jusqu'au 4 juin restent sous les règles précédentes.
- Tarif unique de vente du surplus : 1,1 c€/kWh HT (11 €/MWh), identique pour les tranches 0–9 kWc et 9–100 kWc, indexé de +2 % par an à chaque date anniversaire du contrat.
- Plafond d'énergie rémunérée : l'injection rémunérée est limitée à la puissance installée × 1 600 heures par an.
- Durée du contrat : 20 ans à compter de la mise en service.
- Prime à l'investissement (dite « prime à l'autoconsommation ») : supprimée.
Pour mesurer le choc : au deuxième trimestre 2026, avant la réforme, une installation de 9 kWc ou moins bénéficiait encore d'une prime de 80 €/kWc et d'un tarif de surplus de 4 c€/kWh, niveau resté constant depuis l'arrêté du 26 mars 2025. Le tarif de surplus est donc divisé par plus de trois, et la prime, qui représentait 720 € pour une installation de 9 kWc, disparaît.
Les règles applicables à la vente totale sur la tranche 9–100 kWc et le traitement des périodes de prix négatifs pour ces petites installations doivent être vérifiés dans l'annexe du texte publié avant toute communication client.
Pourquoi un kWh autoconsommé vaut désormais 18 fois plus qu'un kWh revendu
Le raisonnement économique devient très simple. Chaque kWh produit peut suivre deux chemins :
- Il est consommé sur place : il évite l'achat d'un kWh au fournisseur. Au tarif réglementé EDF (Tarif Bleu, option Base), le prix du kWh est d'environ 0,20 € TTC depuis la hausse moyenne de 2,5 % au 1er août 2026 proposée par la CRE.
- Il est injecté sur le réseau : il est payé 0,011 € HT.
Un kWh autoconsommé rapporte donc environ 18 fois plus qu'un kWh vendu. Dans ce contexte, une installation qui injecte 50 % de sa production « laisse sur la table » la moitié de sa valeur potentielle. Le travail de l'installateur n'est plus seulement de poser des panneaux, mais de maximiser le taux d'autoconsommation.
| Destination du kWh produit | Valeur pour le client | Ordre de grandeur |
|---|---|---|
| Consommé directement en journée | Achat évité au fournisseur | ≈ 0,20 €/kWh TTC |
| Stocké en batterie puis consommé le soir | Achat évité, moins les pertes de stockage | ≈ 0,18–0,19 €/kWh |
| Injecté et vendu (contrat S21 post-juin 2026) | Tarif d'achat du surplus | 0,011 €/kWh HT |
Le rôle de la batterie dans le nouveau modèle économique
Sans stockage, une maison typique autoconsomme en direct une part limitée de sa production : les panneaux produisent surtout entre 10 h et 16 h, alors que la consommation se concentre le matin, le soir et la nuit. La batterie fait le pont : elle absorbe le surplus de la journée et le restitue après le coucher du soleil.
Avec la réforme, la batterie change de statut dans le devis :
- Avant : une option « confort » ou « autonomie », souvent difficile à justifier financièrement puisque le surplus était rémunéré 4 c€/kWh, avec une prime en plus.
- Après : l'élément qui transforme un surplus valant 0,011 €/kWh en énergie valant environ 0,20 €/kWh. C'est elle qui porte une grande partie de la rentabilité du projet.
Concrètement, chaque kWh déplacé du jour vers le soir rapporte la différence entre ces deux valeurs, soit environ 0,19 € par kWh. Une batterie qui déplace 2 000 kWh par an génère donc de l'ordre de 380 € d'économies annuelles supplémentaires par rapport au même kWh revendu. C'est cet écart qu'il faut chiffrer et présenter au client.
Ce que la batterie ne fait pas
Pour garder la confiance du client, il faut aussi être clair sur les limites :
- Une batterie ne crée pas d'énergie : sans surplus solaire suffisant, elle reste partiellement vide, surtout en hiver.
- Une capacité surdimensionnée ne se rentabilise pas : les kWh qui ne sont jamais utilisés ne rapportent rien.
- La fonction secours (alimentation pendant une coupure réseau) dépend de l'architecture choisie et doit être expliquée séparément.
Exemple : la même maison avant et après la réforme
Exemple illustratif, hypothèses simplifiées. Prenons une maison équipée de 6 kWc qui produit 7 500 kWh par an et en autoconsomme directement 35 %, soit 2 625 kWh. Les 4 875 kWh restants sont injectés.
| Contrat avant réforme (T2 2026) | Contrat après le 5 juin 2026 | |
|---|---|---|
| Prime à l'investissement | 6 × 80 € = 480 €, versés une fois | 0 € |
| Revente du surplus (4 875 kWh) | × 0,04 € ≈ 195 €/an | × 0,011 € ≈ 54 €/an |
| Achats évités (2 625 kWh à ≈ 0,20 €) | ≈ 525 €/an | ≈ 525 €/an |
Sans batterie, le projet perd environ 140 € de recettes par an et la prime de départ. Si une batterie permet de déplacer 2 000 kWh de ce surplus vers la consommation du soir, ces kWh rapportent environ 400 € au lieu de 22 € en revente. Dans le nouveau cadre, la batterie ne compense pas seulement la baisse du tarif : elle devient le principal moteur du projet.
Ce que la réforme ne change pas
- Les contrats en cours : les installations sous contrat d'achat signé avant la réforme conservent leurs conditions pendant toute la durée du contrat.
- Les obligations techniques : demande de raccordement auprès d'Enedis, attestation de conformité Consuel (formulaire violet pour les installations avec stockage), qualification de l'entreprise.
- L'intérêt du solaire : le coût de production d'un kWh solaire en toiture reste inférieur au prix du kWh acheté au réseau. Le projet reste pertinent ; c'est sa structure qui change.
Checklist pour mettre à jour vos devis
- Supprimer toute mention de la prime à l'autoconsommation pour les nouvelles demandes de raccordement.
- Remplacer les anciens tarifs de revente par 1,1 c€/kWh HT, indexé de 2 % par an.
- Présenter les économies d'abord en achats évités, puis seulement la revente résiduelle.
- Proposer systématiquement une option avec stockage et une option avec pilotage des usages.
- Vérifier le taux de TVA applicable à la configuration proposée.
- Indiquer clairement les hypothèses : prix de l'électricité, taux d'autoconsommation, capacité utile de la batterie.
Comment reformuler votre argumentaire client
Beaucoup de clients ont encore en tête l'ancien modèle : « je produis, je revends, l'État m'aide ». Votre discours doit refléter la nouvelle réalité, sans dramatiser.
Les messages qui fonctionnent
- « Le soleil sert à réduire votre facture, pas à vendre de l'électricité. » Le critère de réussite d'un projet devient la baisse de la facture, et non le revenu de revente.
- « Chaque kWh que vous consommez vous-même vaut environ 18 fois plus qu'un kWh vendu. » Un chiffre simple, vérifiable, qui justifie la batterie.
- « La batterie stocke votre production de midi pour votre soirée. » L'image concrète d'un usage quotidien parle plus que les kWh.
- « Le système s'adapte à vos usages. » Pilotage du chauffe-eau, de la pompe à chaleur ou de la recharge du véhicule électrique sur les heures de production.
Les erreurs à éviter
- Continuer à présenter des revenus de revente du surplus calculés avec les anciens tarifs.
- Promettre une « autonomie totale » : en hiver, la production ne couvre pas la consommation d'une maison moyenne.
- Présenter un temps de retour sur investissement sans expliquer les hypothèses (prix de l'électricité, profil de consommation, dégradation de la batterie).
Quelle configuration Sigenergy proposer selon le profil du foyer
L'écosystème Sigenergy permet de couvrir la plupart des profils résidentiels avec une architecture évolutive. Quelques repères :
| Profil | Configuration type | Pourquoi |
|---|---|---|
| Foyer en monophasé, consommation modérée, budget maîtrisé | SigenStor NEO monophasé + 1 module batterie | Système tout-en-un compact, fonction secours intégrée, extensible jusqu'à 6 modules |
| Maison en triphasé avec pompe à chaleur | SigenStor EC triphasé + 2 à 3 modules BAT 10.0 | Puissance de décharge suffisante pour les appels de charge du soir |
| Foyer avec véhicule électrique | SigenStor + borne Sigen EVAC (recharge sur surplus) | Le véhicule devient un consommateur pilotable des heures solaires |
| Installation existante sans batterie | Ajout d'un système de stockage selon l'architecture en place | Valorise le surplus des clients déjà équipés |
Les modules batterie Sigenergy utilisent une chimie LFP (lithium fer phosphate). Pour la gamme SigenStor, un module BAT 6.0 offre 5,84 kWh utiles et un module BAT 10.0 offre 8,76 kWh utiles, avec jusqu'à 6 modules par contrôleur. Les fiches techniques complètes sont disponibles dans notre bibliothèque de documentation Sigenergy.
Le pilotage, levier souvent oublié
Une batterie n'est qu'une partie de la solution. Le système de gestion d'énergie intégré et l'application mySigen permettent de programmer les priorités : charger la batterie, chauffer l'eau, recharger le véhicule ou démarrer un équipement pilotable quand la production est disponible. Sur un projet bien paramétré, ce pilotage augmente l'autoconsommation sans coût matériel supplémentaire.
Et la TVA ?
Le taux réduit de TVA à 5,5 % pour les installations photovoltaïques résidentielles de 9 kWc ou moins est soumis à des critères techniques (arrêté du 8 septembre 2025) et, depuis le 1er mars 2026, à une condition de qualification de l'installateur (loi de finances pour 2026). Selon les précisions publiées par l'administration fiscale en juin 2026, l'ajout d'une batterie qui n'est pas un simple accessoire peut faire basculer l'ensemble de la prestation au taux normal. Ce point a un impact direct sur le prix TTC de vos devis solaire + stockage : vérifiez systématiquement la doctrine fiscale en vigueur (BOFiP) avec votre expert-comptable avant d'établir un devis.
FAQ
Les installations raccordées avant juin 2026 sont-elles concernées ?
Non. Le nouveau tarif s'applique aux installations dont la demande complète de raccordement a été déposée à partir du 5 juin 2026. Les contrats signés sous l'ancien régime conservent leurs conditions.
Faut-il encore signer un contrat de vente du surplus ?
C'est au cas par cas. Le tarif de 1,1 c€/kWh HT reste une recette, même faible, mais le surplus doit d'abord être réduit au minimum par le stockage et le pilotage. Pour une autoconsommation sans injection, les démarches de raccordement sont différentes (convention d'autoconsommation sans injection avec Enedis).
Quelle capacité de batterie proposer ?
Elle dépend du surplus disponible et de la consommation du soir et de la nuit, pas de la puissance des panneaux seule. Une méthode de dimensionnement pas à pas fera l'objet d'un prochain article.
ES INNO peut-il m'aider à dimensionner un projet ?
Oui. En tant que distributeur certifié Sigenergy, nous accompagnons nos clients installateurs sur le choix des équipements et le pré-dimensionnement. Demandez un devis ou consultez la gamme batteries et stockage dans votre Espace Pro.
Sources : arrêté du 1er juin 2026 modifiant l'arrêté du 6 octobre 2021 (JORF du 4 juin 2026, Légifrance) ; délibération CRE n° 2026-92 du 29 avril 2026 ; photovoltaique.info ; CRE, délibération n° 2026-147 du 15 juillet 2026 sur les tarifs réglementés. Article publié le 27 août 2026.